50 personnes ont été testés positives au coronavirus, selon l’ARS Mayotte en date du 27 mars. Les autorités s’attendent au pire dans ce département d’Outre-mer considéré comme le plus grand désert médical de France, dans lequel il n’y a qu’un seul hôpital et où près de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

« A Mayotte, il ne reste que quelques jours pour éviter une hécatombe ». Sur son compte twitter Mansous Kamardine, le député (LR) de Mayotte lance un appel de détresse et s’inquiète de la plus grande crise sanitaire qui est sur le point d’arriver sur son île.

A Mayotte, entre le 14 et le 24 mars, ce sont 30 cas qui ont été détectés. Le premier cas confirmé était un homme qui a séjourné dans l’Oise, l’un des premiers foyers de contamination en France. « La propagation de l’épidémie de coronavirus est plus fulgurante à Mayotte qu’en métropole. Le nombre de cas avérés a été multiplié par onze en exactement une semaine… L’épidémie progressera sournoisement et sans bruit pour encore quelques jours, puis, soudainement, à très court terme, saturera brutalement les capacités de réanimation du Centre hospitalier de Mayotte qui ne compte que 16 lits de réanimation », s’alarme le député dans un entretien.

16 lits de réanimation pour 250 000 habitants

Au Centre Hospitalier de Mayotte, selon le dernier point de l’ARS, le 27 mars, 3 personnes sont actuellement hospitalisées dont 2 toujours en réanimation. A l’hôpital, connu pour être la plus grande maternité de France, 16 lits de réanimations sont seulement disponibles.

Les personnels soignants, très inquiets, se demandent comment augmenter la capacité de soins face à la pandémie. « Mayotte, ce n’est pas un désert médical, c’est le néant médical. Nous avons 28 médecins libéraux sur l’île, soit 18 équivalents temps plein, puisque certains sont des retraités qui acceptent de dépanner. Et cela, pour officiellement 250 000 habitants, mais 400 000 ou 450 000 officieusement », rappelle Thani Mohamed Soilihi, le vice-président du Sénat (LREM).

A cette difficulté s’ajoute le manque d’accès à l’eau potable. En 2017, 81 000 habitants n’avaient toujours pas d’eau dans leur logement. Dans ces conditions comment peuvent-ils se laver régulièrement les mains ? Parallèlement, rester chez soi reste très compliqué. Selon l’INSEE, 57 % des logements sur l’île sont surpeuplés et la majorité de la population mahoraise vit dans des cases en tôle, appelées les bangas, qui font à peine 20 m2.

Un couvre-feu depuis mardi 24 mars

Depuis le 24 mars, Mayotte est donc sous couvre-feu. Il est interdit de circuler sur le territoire de 20 heures à 5 heures du matin, selon l’arrêté pris par le préfet Jean-François Colombet. Avec cette mesure, les pouvoirs publics espèrent ralentir la propagation du virus en attendant l’arrivée du porte-hélicoptère de l’armée française, le Mistral, début avril, dans la zone Océan-Indien.

Ce navire militaire a pour mission de rapatrier des Français isolés à l’étranger et surtout d’acheminer du matériel médical. Au Centre Hospitalier de Mayotte, le personnel soignant manque cruellement de masques, de gants, de lunettes de protection, de gel hydroalcoolique, de blouses, de réserves d’oxygène, de respirateurs… Dans cette guerre contre cet ennemi invisible, un espoir se profile tout de même à Mayotte : 4 personnes sont officiellement guéries du Covid-19.