En mai 1871 les communards exécutent 49 otages, parmi lesquels se trouvent 10 religieux. Certains d’entre eux pourraient être béatifiés prochainement.

La Commune ce sont 72 jours de guerre civile dans Paris au printemps 1871. Cet événement s’est formé sur le modèle de la Commune de 1792 qui avait alors renversé le roi Louis XVI. Au terme de l’hiver 1870-71, le contexte est celui d’une France vaincue par les armées prussiennes qui campent aux portes de Paris. Les corps constitués de la IIIe République, proclamée le 4 septembre 1870, sont réfugiés à Versailles. Dans la capitale, la Garde nationale refuse d’accepter la défaite et, organisée en fédération, fonde la Commune le 26 mars 1871, cherchant à établir une République démocratique et sociale tout en rêvant de repousser l’envahisseur prussien. C’est dans ce contexte qu’une brève et cruelle guerre civile va opposer les « communards » (les « fédérés ») aux « Versaillais », affiliés au chef de l’État Adolphe Thiers, qui deviendra ensuite président de la République.

Une guerre fratricide avec de nombreux massacres des deux côtés. Celui du 26 mai 1871 est de triste mémoire pour l’Église : 49 « otages », dont 35 gardes et gendarmes du gouvernement légal, 4 civils et 10 religieux, sont fusillés par les fédérés, athéistes militants et anticléricaux. 150 après ces événements tragiques, cette semaine, et jusqu’au dimanche 30 mai, l’Église catholique de Paris leur rend hommage. Cinq de ces religieux pourraient d’ailleurs être béatifiés d’ici peu. Leur procès romain est très avancé, les consulteurs de la congrégation pour la cause des saints viennent de voter à l’unanimité en ce sens. Le pape François pourrait annoncer leur béatification pour 2022.

Qui sont-ils ?

Il s’agit de 10 ecclésiastiques : le Père Planchat, surnommé « le prêtre des pauvres ». Il a passé sa vie à aider les familles ouvrières, loin des turbulences politiques, dont il fut l’otage. Son corps repose dans l’église Notre-Dame-de-la-Salette, dans le 15e arrondissement de Paris. Les Pères jésuites Bengy, Caubert et Olivaint, frère de Saint-Vincent de Paul, les Pères de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (dite de Picpus) Radigue, Tuffier, Rouchouze et Tardieu, l’abbé Sabatier, vicaire de Notre-Dame de Lorette, et Paul Seigneret, un séminariste.

Tous les otages sont tués par la troupe ou massacrés par la foule. Trois autres ecclésiastiques sont exécutés encore le 27 mai : Mgr Surat, archidiacre de Notre-Dame de Paris, l’abbé Bécourt, curé de Notre-Dame de Bonne Nouvelle et le Père Houillon, des Missions Étrangères de Paris ; tandis que des troupes versaillaises donnent l’assaut aux Buttes-Chaumont et pénètrent au Père-Lachaise où se sont repliés près de 200 fédérés. Après de violents combats, les 147 fédérés survivants sont fusillés.

Le 29 mai les derniers fédérés retranchés dans le fort de Vincennes se rendent. S’ensuivra une très sévère répression : des milliers d’insurgés exécutés sans jugement ou suite au verdict de cours prévôtales mises en place à partir du 23 mai ; puis quelque 4500 condamnations aux travaux forcés ou à la déportation.

Messe solennelle

En 1964, le pape Paul VI propose d’unifier les causes de ces considérés assassinés en « haine de la foi » par l’Église, mais l’esprit de 1968 a stoppé le projet. Il faudra attendre 2005 pour que les religieux de Saint-Vincent-de-Paul reprennent la cause du père Planchat.

Cette année, à l’occasion du 150e anniversaire de ces exécutions, plusieurs évènements sont organisés :

. Jeudi 27, le père Yvon Sabourin tient une conférence dans l’église construite sur le lieu du massacre du 26 mai 1871, l’église Notre-Dame-des-Otages, au 81 rue Haxo.

. Le samedi 29 mai une marche des martyrs, le long du parcours que suivirent les otages, avec un départ de l’ancien site de la prison de la Roquette jusqu’à la rue Haxo.

. Enfin, le dimanche 30 mai à 11h se tient une messe solennelle présidée par l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, en l’église Notre-Dame-des-Otages.